collaborative art

︎ T[s]#2_Technical lexicon




︎ [English version coming soon]


Visual and sound installation, origamis, steel, immersive sonic environment, 5 graphite drawings on paper, variable dimensions : collaborative work created with Marina Ledrein, Alex Augier and inmates from Fleury prison

Yoyo (n.m.) Terme générique désignant un ensemble d’outils conçus par les personnes détenues pour véhiculer un message ou un objet donné, prêté, troqué ou vendu. Les yoyos permettent de transporter leur contenu d’une fenêtre à l’autre, d’une porte à l’autre, ou d’une fenêtre à la cour de promenade ; les échanges sont gé-néralement car actérisés par un mouvement de balancier ou par l’aller-retour de l’objet entre expéditeur et destinataire, d’où leur nom. Les messages écrits, soigneusement pliés, sont appelés « fax ». Le terme « yoyo » ainsi que le nom des outils qu’il recouvre – cerf-volant, missile, canne à pêche, souris – sont flottants, différemment employés selon les individus et les centres de détention. Le « yoyo » peut no-tamment désigner tout ou partie de l’outil. Il se constitue de matériaux les plus discrets possibles, sous peine d’être intercepté ou décroché par les personnels de surveillance.



Missile (n.m.) Le missile est envoyé des fenêtres des cellules à la cour de promenade ; il permet d’expédier des fax ou de petits objets, comme des cigarettes. Il est constitué d’un stylo auquel on rattache un drap, une ficelle ou une bande de papier – quelque chose de léger et de solide, dont la longueur égale la distance à laquelle on veut en voyer le missile + 1 mètre. Il peut aussi être construit avec un tube de papier lesté par un stylo glissé à l’intérieur. Placé entre les barreaux de la fenêtre, le stylo est propulsé vers la cour de promenade grâce à un moyen de pression quelconque – par exemple, une claquette avec laquelle on tape dessus. Selon les cas, le missile aura pénétré la cour de promenade, ou sera pris dans les barbelés – auquel cas il est perdu – ou encore, sera tombé derrière les grilles encadrant la cour. Le destinataire utilise alors une perche, faite de plusieurs morceaux de carton roulés en tube, pour récupérer le missile ainsi que l’objet/le fax associé et, éventuellement, y accrocher une réponse. L’expéditeur peut alors faire remonter le missile grâce au drap ou à la ficelle auquel ce dernier était resté attaché : c’est la « pêche ». Le missile peut aussi être construit avec un cahier entier ou un magazine, afin d’obtenir un poids suffisant pour transporter l’objet.

Canne à pêche (n.f.) La canne à pêche permet de récupérer des objets tombés dans les espaces situés au-dessous des fenêtres des cellules, soit parce qu’ils se sont échap pés des sacs de visiteurs, soit parce qu’ont été lancés au-dessus du mur d’enceinte des « colis » arrivant de l’extérieur, alourdis par un savon, emballés dans une balle de ten nis, un ballon, un sac bien fermé ou un filet d’oignons ou de pommes de terre. Il existe autant de cannes à pêche que d’expéditeurs : elles peuvent se composer d’une perche faite de plu-sieurs morceaux de carton roulés en tube, d’une lanière de tissu et d’un crochet fabriqué avec une fourchette, du double face ou du dentifrice (matières adhé-sives). Elles peuvent également être fabriquées avec une fourchette dont pend un fil (souvent une ficelle de sac poubelle) lesté par un morceau de savon. A la fourchette est alors attaché un miroir permettant de voir l’objet laissé à terre et de mieux viser ; sur le savon est collé un morceau de double face permettant d’accrocher l’objet. La « pêche » peut être contrecarrée par la mise en place de filets en inox suspendus au-dessus des espaces ouverts.




Souris (n.f.) Les souris permettent de faire passer des objets ou des fax sous les portes. Elles sont constituées d’un fil de sac pou-belle ou de tout autre matériau approchant (fil de pêche, ficelle, crin de couverture...) et d’un manche de cuillère adapté, ou encore, d’un CD ou d’un peigne, selon la hauteur du jeu sous les portes. La souris doit glisser d’une cellule à l’autre, et peut être relayée par les personnes détenues dans les cellules intermédiaires. La longueur du fil auquel elle est attachée doit équivaloir à la distance entre les cellules émettrice et destinataire, afin de les relier convenablement une fois la souris arrivée à destination : le destinataire ayant reçu l’objet ou le fax peut ainsi renvoyer des éléments en sens inverse. Les plans de rénovation des espaces carcéraux intègrent ces données, soit en supprimant le jeu sous les portes, soit en creusant le sol du couloir au niveau des seuils, retenant ainsi les souris juste après leur passage.




Cerf-volant (n.m.) Le cerf-volant permet d’échanger des objets entre deux fenêtres ; son expéditeur utilise l’action du vent pour « bran-cher » deux cellules et leur permettre de communiquer. Une ficelle – souvent de sac poubelle – est glissée entre les grilles bar rant la fenêtre et permet à l’expéditeur de déterminer le sens du vent. Le plastique ou sac poubelle y étant rattaché est ensuite lancé à l’extérieur et, grâce à son souffle, se plaque contre la fenêtre de la cellule destinataire. Le détenu visé récupère le cerf-volant plaqué contre ses bar-reaux. L’expéditeur peut alors y attacher un « lasso », généralement con stitué de morceaux de draps ou autre tissu, qui doit faire le double de la distance entre les deux cellules, afin de permettre l’aller-retour de l’objet ou du fax : les cellules sont désormais « branchées » ou « connectées ». L’expéditeur accroche au lasso un conten ant destiné à transporter l’objet ou le fax (chaussette, gant de toilette, sac plastique), le destinataire le tire à lui pour récupérer le contenu de l’envoi, puis l’ex-péditeur le ramène à lui, faisant « ascenseur ». Les nouvelles architectures carcé-rales intègrent une disposi tion des cellules en quinconce, rendant particulièrement difficile le maniement du cerf-volant.




Mark